De quoi parler pendant un rendez-vous de quelques minutes

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Une conversation courte ne se juge pas pendant qu’elle a lieu, mais à la fin de l’événement, devant la fiche à cocher. Ce qui compte alors tient à peu de chose, un détail retenu pour chaque personne.

L’hôte vous présente à la personne qui vient de s’asseoir en face, donne son prénom, puis s’écarte pour présenter deux autres participants. Le rendez-vous commence là, sans préambule. Il se terminera de lui-même, sans que personne ait à le décider.

Ce qui se joue dans cet intervalle tient moins à la qualité de vos phrases qu’à ce qu’il en restera à la fin. Au moment où chacun coche sur sa fiche les personnes qu’il souhaite revoir, le fil complet des échanges a disparu. Il n’en subsiste qu’un détail par personne. Une conversation de speed dating sert à donner ce détail et à en garder un. Le déroulé de l’événement, lui, est décrit dans comment se passe un speed dating.

Les premières phrases, après la présentation

Le prénom vient d’être prononcé une fois, par l’hôte, et il repart aussi vite. Reprenez-le dans vos deux premières phrases, à voix haute. Vous le retiendrez, et la personne s’entend appeler par son prénom au lieu d’être une place de plus dans le tour de table.

Le terrain commun est déjà là, puisque vous êtes au même endroit et venus pour la même raison. Une invitation à raconter ouvre un récit, et elle se formule sans point d’interrogation. « Dites-moi ce qui vous a décidé à venir » laisse la personne choisir par où elle commence. La même curiosité tournée en question fermée se referme sur un non, et vous repartez en chercher une autre.

Le métier, posé en ouverture, donne un statut avant de donner une personne. L’échange s’arrête au bout de deux répliques, faute de matière où rebondir. Il arrivera plus tard de lui-même, par ce que la personne raconte de ses journées.

La deuxième question sur le même sujet

Une personne vous dit qu’elle fait du vélo. Le réflexe ordinaire consiste à passer au loisir suivant, puis au troisième, et la conversation devient un inventaire. Restez là où vous êtes. Demandez la route qu’elle prend le dimanche, ou ce qui l’a poussée à commencer. C’est à la deuxième ou à la troisième relance sur le même sujet que quelqu’un apparaît derrière l’activité.

Puis rendez la parole en donnant quelque chose de vous, deux phrases, pas davantage. Une série de questions sans contrepartie ressemble à un entretien, et la personne repartira sans rien à retenir de vous.

Ce que vous donnez à retenir

Répondre par une catégorie ne laisse aucune trace. « J’aime la randonnée » se range à côté de dix phrases identiques entendues ailleurs. Une scène s’accroche. Une côte au-dessus des vignes un dimanche de brouillard, le chien du voisin qui s’invite tous les samedis, la tarte que vous ratez depuis quinze ans, ce sont des choses qui reviennent en mémoire à la fin de l’événement, quand la fiche est posée devant vous.

Un détail par sujet suffit. Être reconnaissable sur une chose vaut mieux qu’être complet sur dix. C’est aussi pourquoi une liste de sujets apprise par cœur se retourne contre vous. Elle s’entend, elle occupe l’attention qui devrait aller à ce qui se dit en face, et elle produit des réponses de catégorie.

Les sujets qui prennent trop de place trop tôt

Aucun de ces sujets n’est proscrit. Ils prennent seulement un temps que le format ne rend pas.

  • Les anciennes relations installent une troisième personne à la table, et c’est elle qu’on écoute pendant le reste du rendez-vous.
  • Parler d’argent, de crédits, d’ennuis de santé ou de litiges demande du temps et de la confiance, deux choses qui ne se fabriquent pas en un rendez-vous.
  • La politique et la religion se discutent mal en quelques minutes. Le temps manque pour autre chose que l’annonce d’un camp.
  • L’interrogatoire sur les intentions, la vie commune ou les enfants transforme la rencontre en examen, alors que la fiche de fin d’événement pose déjà la seule question qui se tranche ce jour-là.

Rien ne force à embrayer si la personne en face y vient d’elle-même. Une phrase franche règle le passage, « je vous raconterai cela une autre fois », et vous ramenez l’échange sur ce qu’elle disait juste avant.

Une conversation qui ne prend pas

Il arrive qu’un rendez-vous n’aille nulle part. Les réponses tiennent en trois mots, les relances tombent, et vous entendez rire à la table voisine. Tentez un mouvement, un seul. Cessez de demander et donnez quelque chose, une phrase sur votre semaine ou sur la salle, qui n’engage la personne à rien. Certaines personnes parlent plus librement à ce moment-là, quand plus rien n’attend de réponse.

Si rien ne bouge, laissez le silence s’installer. Le format s’en charge, et le rendez-vous s’arrête tout seul. Un échange qui reste en surface ne dit rien de vous, ni de la personne en face, qui vit peut-être la même minute que vous. Vous ne rencontrerez ce jour-là que les personnes venues dans cette salle, et un événement peut se terminer sans qu’aucun prénom vous revienne.

Un silence, en cours de route, se traite de deux façons. Vous pouvez le nommer, « j’ai perdu le fil », ce qui le fait passer pour ce qu’il est. Vous pouvez aussi revenir à un sujet abordé plus tôt et laissé en plan. Il a déjà montré qu’il tenait, et le reprendre ne coûte qu’une phrase.

Pour qui trouve difficile de prendre la parole, l’écoute est une place tenable, et elle se remarque. Relancer et retenir un détail n’exigent pas de tenir la table. Ce point est traité à part dans vaincre sa timidité en soirée.

La fin du rendez-vous

La fin ne se négocie pas, le format la donne. Personne n’a à chercher une formule de sortie ni à décider du bon moment pour se lever.

Gardez les dernières secondes pour dire à voix haute ce que vous retenez, en une phrase, « je retiens votre marché du samedi matin ». La personne sait alors qu’elle a été écoutée, et vous venez de fixer vous-même le détail qui vous reviendra au moment de cocher.

Rien ne se poursuit par écrit dans la foulée, puisqu’il n’existe pas de messagerie entre membres. Ce qui se dit à table ne laisse d’autre trace que la vôtre, et la suite passe par la fiche.

Le moment de cocher

À la fin de l’événement, chacun coche sur une fiche les personnes qu’il souhaite revoir et la remet à l’hôte. Vous cochez sans savoir ce que l’autre a coché, et personne n’apprend qu’il a été coché sans l’avoir été en retour. Ce qui se passe ensuite est décrit dans les suites d’un événement.

Au moment de cocher, vous n’aurez pas sous les yeux le compte rendu de vos conversations. Vous aurez la liste des personnes rencontrées, et derrière chacune, dans votre tête, une côte dans le brouillard ou un marché du samedi matin. C’est avec cela que vous cocherez, et c’est avec un détail du même ordre qu’on vous cochera.