Parler de soi quand on le refait à chaque table
5 min de lectureLa phrase par laquelle vous commencez sera redite à chaque nouvelle table. Elle n’a pas à résumer votre vie, seulement à laisser une prise à laquelle la conversation pourra revenir.
Vous vous asseyez, et la personne en face attend que quelque chose commence. Quelques minutes plus tard, elle se lève, quelqu’un d’autre prend la chaise, et la même seconde revient, à l’identique, avec un autre visage.
Se présenter, dans ce format, tient en une poignée de phrases redites autant de fois qu’il y a de rendez-vous à votre table, devant des personnes qui les entendent chacune pour la première fois. Le déroulé complet est décrit dans comment se passe un speed dating.
Ce que l’hôte a déjà fait
La présentation commence sans vous. L’hôte ou l’hôtesse de l’événement présente les participants entre eux et reste dans la salle jusqu’à la fin. Vous n’avez donc ni à décliner votre identité ni à expliquer ce que vous faites là.
En face, personne n’a lu votre profil. L’année de naissance et la photo restent privées. Ce que cette personne saura de vous ce jour-là, vous le direz vous-même, dans l’ordre que vous choisissez, et vous le redirez à la table suivante.
Le premier rendez-vous
Votre première phrase sort mal, et vous l’entendez pendant qu’elle sort. Celle que vous aviez préparée en chemin arrive trop vite, et la fin se perd quelque part. Ce premier rendez-vous se joue avant que vous ayez entendu votre propre voix dans cette salle, et il ne ressemble pas à ceux d’après.
Régler sa présentation d’avance au mot près ne sert à rien, cette version-là tombe au premier essai. Mieux vaut écouter ce que la personne en face retient, la chose sur laquelle elle rebondit. Elle vient de vous indiquer, sans le savoir, laquelle de vos phrases fonctionne.
Deux phrases et une prise
Une présentation courte tient en deux phrases et laisse la main. La première situe votre quotidien. La seconde donne prise, c’est-à-dire qu’elle nomme une chose de ces semaines-ci, qu’on peut interroger sans indiscrétion. Trois exemples, inventés pour ce texte.
- « Je travaille à l’hôpital en horaires décalés, je dors donc quand les autres déjeunent. En ce moment je remonte un vélo dans mon garage, et j’en suis à la troisième roue voilée. »
- « Mes enfants sont partis il y a deux ans et j’ai récupéré une pièce sans savoir quoi en faire. Elle est devenue un atelier de couture, où je couds très mal. »
- « Je chante dans une chorale le mardi soir, on prépare un concert pour décembre et je suis la seule à ne pas lire la musique. »
Chacune laisse une prise que l’autre peut saisir, la roue voilée ou la couture ratée. Elle fait le travail à votre place. La personne en face n’a plus à chercher une question polie, elle en a une sous la main. Pour ce qui vient après ces deux phrases, de quoi parler lors d’une première rencontre prend la suite.
Une roue voilée donne prise, un adjectif non. Se dire sociable ou à l’écoute laisse la personne en face sans rien à attraper.
Ce qu’on n’a pas envie de dire
Vous dites ce que vous voulez dire, et rien n’est affiché à côté de vous. Votre métier et l’histoire des dernières années restent à votre main. Vous pouvez situer votre quotidien par une heure ou par un trajet, et poser la seconde phrase ailleurs.
Une séparation récente ou un deuil se disent, ou pas, et plus tard s’il le faut. Ce qui se passe mal, c’est de commencer par là au premier rendez-vous d’un événement qui en compte plusieurs. Vous auriez à le redire autant de fois que vous changez de table, dans une salle où l’on vient passer un moment, et l’événement deviendrait long.
La répétition
Au deuxième rendez-vous, votre phrase est en place. Au bout de quelques-uns, elle est rodée. Le débit devient régulier, et une phrase récitée s’entend.
La parade tient dans la seconde phrase. Gardez la première, changez la seconde à chaque table, en l’accrochant à ce qui vient de se passer dans la salle. L’heure qu’il est, ou le mot que la personne précédente a employé. Une phrase qui cite l’heure ne peut pas avoir été apprise la veille.
À force de vous entendre, vous finissez par vous écouter. Il arrive qu’on s’aperçoive au milieu de l’événement que la phrase répétée depuis le début ne ressemble plus à sa vie, et qu’on en change pour les tables suivantes. On peut y essayer plusieurs fois de suite la même entrée en matière et garder la version qui tient.
Le rendez-vous qui tombe à plat
Il arrive qu’un rendez-vous ne donne rien. Votre phrase tombe. La réponse est polie, et le silence s’installe pour ce qu’il reste de temps. Personne n’a à inventer un prétexte pour se lever, le changement de table arrive au même moment pour la salle entière. Le rendez-vous suivant efface celui-ci.
Un format court ne convient pas à tout le monde. Parler de soi devant plusieurs inconnus au cours du même événement demande une énergie que l’on n’a pas tous les jours. On y rencontre les personnes venues ce jour-là, et elles seules. Les dates déjà fixées sont publiées. Voir le programme.
Devant la fiche
À la fin de l’événement, chacun coche sur une fiche les personnes qu’il souhaite revoir et la remet à l’hôte. Sur cette fiche, il y a des noms, et rien d’autre. Ce qu’il reste de votre présentation à ce moment-là, vous ne le saurez pas.
La suite ne dépend plus de vous. Les coordonnées circulent dans le seul cas où deux personnes se sont cochées l’une l’autre, et c’est l’équipe qui les transmet, par téléphone ou par un message dans votre espace. Personne n’apprend qu’il a été coché sans l’avoir été en retour.
Vous pouvez donc cocher trois noms et n’avoir aucune nouvelle. Cela arrive, et cela ne juge pas la manière dont vous avez parlé de vous.
Reste la phrase elle-même, celle que vous aurez redite d’une table à l’autre. La fiche part avec l’hôte à la fin de l’événement, et cette phrase s’arrête là. Elle ne se redit pas à quelqu’un qui l’a déjà entendue.